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Le virage technologique du Groupe Bel : quand Babybel devient un produit connecté

Le groupe Bel, connu pour ses fromages emblématiques ancrés dans le quotidien des Français, amorce une transformation technologique inédite sous l’impulsion de sa directrice générale, Cécile Béliot. En rupture avec sa tradition familiale, l’entreprise centenaire mise sur la data et l’intelligence artificielle pour réinventer ses process industriels, tout en répondant aux défis économiques, environnementaux et sociaux qui s’imposent aujourd’hui au secteur agroalimentaire.

Fondé en 1897 dans le Jura, le groupe Bel – présent dans 126 pays, réalisant 3,8 milliards d’euros de chiffre d’affaires et touchant plus de 400 millions de consommateurs – incarne la résilience d’un acteur industriel historique face à l’accélération de la révolution numérique. L’arrivée de Cécile Béliot à la direction générale, en 2022, marque une première : pour la première fois, un membre extérieur à la famille Bel prend les rênes de la société. La dirigeante s’engage rapidement sur un terrain d’innovation audacieux, choisissant la voie technologique pour repenser le modèle du groupe.

Tout commence au printemps 2023 lorsque, lors d’un salon californien dédié à l’innovation alimentaire, Cécile Béliot découvre une startup sud-américaine spécialisée dans l’application de l’intelligence artificielle à l’analyse des protéines végétales. Dans un contexte de raréfaction des ressources, de volatilité des marchés agricoles et de pressions croissantes pour réduire l’empreinte carbone de l’alimentation (le secteur représentant près d’un tiers des émissions mondiales), l’enjeu d’anticiper les solutions productives de demain prend tout son sens. « L’industrie agroalimentaire a réduit la diversité des espèces végétales consommées, alors que la nature offre des millions de protéines sous-exploitées qui pourraient contribuer à la transition alimentaire et à la neutralité carbone », souligne la directrice générale.

De retour en France, elle engage le groupe dans une réorientation stratégique, avec comme priorité l’intégration de la data et des modèles d’IA dans les processus industriels. La collaboration avec Dassault Systèmes, spécialiste français des outils de modélisation et d’exploitation des données, scelle ce tournant. Le choix d’un partenaire européen s’inscrit aussi dans une logique de souveraineté technologique, une question de plus en plus centrale à l’heure des rivalités internationales et des enjeux de cybersécurité.

L’objectif est double : accélérer l’innovation produit et optimiser la chaîne de production en temps réel. Dans l’usine historique d’Évron (Mayenne), un site stratégique qui assure à lui seul 50 % de la production mondiale des fameux Babybel, la mutation s’opère via une digitalisation massive : déploiement de capteurs, management des lignes de production via tablettes, anticipation des incidents grâce aux modèles prédictifs. Au lieu de traiter des données a posteriori, les opérateurs agissent désormais en temps réel, ce qui se traduit par une réduction significative des pertes, de la consommation d’eau et d’énergie, ainsi qu’une montée en compétence accélérée des équipes.

Si la transformation digitale suscite initialement des réticences auprès d’une actionnariat familial traditionnellement attaché à la pérennité et à la prudence, Cécile Béliot parvient progressivement à mobiliser autour de la vision d’un modèle industriel renouvelé. Pour rassurer et convaincre, elle adopte une démarche pragmatique : « J’ai tenu à libérer les équipes de la peur de l’échec, préférant avancer étape par étape plutôt que de viser la rupture complète. Il s’agit de s’inscrire dans le temps long, de préparer le groupe pour qu’il soit là dans cent ans. »

Cette accélération technologique survient dans un moment économique marqué par une incertitude persistante : tensions inflationnistes sur les matières premières, hausse des taux d’intérêt, pressions sur les marges et exigence croissante de transparence sur la durabilité. Face à ces bouleversements, la question de la résilience des modèles industriels rejoint celle de la diversification patrimoniale, souvent évoquée du côté des ménages et des investisseurs. La matérialité de l’outil productif – usines modernes, actifs technologiques et humains – constitue un actif tangible que le Groupe Bel cherche à optimiser pour préserver valeur et indépendance dans la durée.

Alors que la transformation de Bel n’en est qu’à ses débuts, l’exemple de l’usine d’Évron illustre la trajectoire d’une industrie agroalimentaire engagée dans la transition numérique, consciente des risques liés à l’obsolescence des outils et des savoir-faire. Dans un univers où la volatilité des marchés financiers, la dépendance aux matières premières et la nécessité de sécuriser la chaîne de valeur interrogent la simple détention d’actifs purement financiers, la réinvention du modèle industriel apparaît plus que jamais comme un levier de sécurisation et d’enrichissement patrimonial à long terme.

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