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Newcleo : la start-up franco-italienne à l’avant-garde du nucléaire durable

À la frontière de l’Italie et de la France, la start-up Newcleo ambitionne de révolutionner l’industrie nucléaire en misant sur des technologies plus durables et souveraines. Alors que le continent redécouvre l’intérêt stratégique de l’atome au regard de la pression environnementale et de l’indépendance énergétique, cette jeune pousse franco-italienne, fondée par Stefano Buono, s’illustre par un projet de réacteur rapide de quatrième génération, refroidi au plomb et soutenu par d’importants capitaux privés.

Installée sur l’ancien site de Brasimone, dans le nord de l’Italie, la société s’apprête à dévoiler un « précurseur »: un prototype de réacteur fonctionnant à l’électricité, destiné à valider la faisabilité technique avant passage à l’échelle industrielle. Cette première étape s’inscrit dans une feuille de route ambitieuse, qui prévoit la construction d’une usine de combustible Mox en France dès 2032, le déploiement d’un petit réacteur modulaire (SMR) de 30 MW près de Chinon en 2033, puis un réacteur de 200 MW l’année suivante. Forte de 650 millions d’euros levés en Europe et d’une introduction imminente au Nasdaq, Newcleo entend capitaliser sur l’appétit croissant des investisseurs privés pour la transition énergétique.

La fastidieuse renaissance du nucléaire européen intervient dans un contexte de tensions accrues sur les marchés de l’énergie, où la volatilité des prix du gaz et la dépendance au charbon ont ravivé les interrogations sur la sécurité énergétique du continent. Face à la remontée de l’inflation et à la hausse des taux d’intérêt orchestrée par les banques centrales, l’attractivité d’actifs tangibles tels que l’énergie et l’immobilier, mais aussi d’investissements industriels à long terme, regagne en vigueur. Sur les marchés financiers, la ruée vers les valeurs « vertes » et la diversification patrimoniale poussent fonds souverains et capital-risqueurs à explorer de nouvelles filières, y compris le nucléaire durable.

Newcleo s’appuie sur des innovations technologiques majeures : contrairement aux réacteurs à eau ordinaire ou à sodium, l’utilisation du plomb comme liquide de refroidissement présente des avantages en termes de sécurité, de compacité et de simplicité d’ingénierie. « Si nous disposions aujourd’hui en France de réacteurs refroidis au plomb et de la chaîne d’approvisionnement associée, nous pourrions produire de l’électricité pour des millénaires avec les stocks existants de matières nucléaires », explique Cédric Barba, directeur des opérations de la société. Le concept repose sur le recyclage de stocks d’uranium appauvri et de plutonium, réduisant la consommation d’uranium naturel et les enjeux de dépendance extérieure – une promesse alignée avec la demande croissante de souveraineté industrielle européenne.

Toutefois, la percée technique n’est pas sans défis. La maîtrise de la corrosion du plomb constitue l’un des principaux obstacles, comme le souligne Mariano Tarantino, directeur à l’ENEA, l’agence italienne de l’énergie nucléaire. Si les premiers essais sur des alliages innovants s’avèrent prometteurs à basse température, atteindre un rendement supérieur nécessitera de pousser la technologie dans ses retranchements.

L’accès aux matières stratégiques constitue également un verrou majeur. Alors que le Royaume-Uni a refusé d’ouvrir ses stocks à Newcleo, la Slovaquie, qui dispose de 1 500 tonnes de combustibles usés, s’affiche comme un partenaire clé. En France, l’Etat – gardien très convoité de réserves de plutonium et d’uranium appauvri – tarde à donner son feu vert. Ce retard pousse Newcleo à accélérer ses projets outre-Atlantique : grâce à un partenariat avec la start-up américaine Oklo et l’accès à 20 tonnes de plutonium sur le sol américain, la société prévoit d’y construire une vingtaine de réacteurs et une usine multicombustible.

Ce transfert stratégique met en lumière les limites actuelles du soutien institutionnel et du financement bancaire en Europe pour des projets majeurs d’actifs industriels. Alors que la Commission européenne vient d’annoncer des garanties bancaires à hauteur de seulement 200 millions d’euros pour soutenir les SMR, le budget alloué à Euratom sur 2021-2027 reste inférieur à 2 milliards. Dans ce contexte, l’investissement dans le nucléaire fait face à la fragmentation des priorités entre pays membres : la France affiche un regain d’intérêt, tandis que l’Allemagne privilégie désormais la fusion, et non la fission.

Pour les investisseurs comme pour les épargnants, cette transition souligne l’importance de la diversification entre actifs tangibles et placements financiers classiques. Dans un environnement de taux élevés et d’incertitude géopolitique, la renaissance de l’énergie nucléaire interroge sur la structuration des portefeuilles, à la recherche de valeur refuge ou de croissance réelle via des secteurs industriels d’avenir. Si la réussite de Newcleo n’est pas garantie, la start-up incarne à elle seule le pari d’une Europe désireuse de renouer avec le leadership technologique tout en affrontant les contradictions de son modèle économique et énergétique.

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