L’Union européenne s’apprête à franchir une étape décisive dans la modernisation de ses dispositifs de cybersécurité. Selon le Financial Times, la société américaine Anthropic, spécialisée dans l’intelligence artificielle, a proposé à Bruxelles l’accès à son nouveau modèle « Mythos », une IA réputée aussi performante que controversée. Conçue pour identifier et corriger des failles logicielles à une vitesse inégalée, Mythos fascine autant qu’elle inquiète, sur fond de craintes de cyberattaques et de dépendance technologique accrue.
Les négociations s’inscrivent dans un contexte de tensions croissantes autour de la souveraineté numérique et de la sécurité des systèmes critiques européens, alors que les infrastructures stratégiques sont de plus en plus ciblées par des attaques sophistiquées. La nature ultra-performante de Mythos, initialement jugée trop puissante pour une diffusion publique, a déjà suscité des réserves au sein même de la communauté du renseignement américain, soucieuse de ne pas voir l’outil tomber entre de mauvaises mains.
L’agence européenne de cybersécurité ENISA a confirmé être en pourparlers avec Anthropic. L’objectif : permettre à l’UE de rejoindre le programme « Glasswing », un cercle restreint de grandes entreprises américaines exposées à des risques cyber majeurs – Apple, Amazon, Google ou JP Morgan en font partie. En déplacement à San Francisco, une délégation de la Commission européenne a salué cette ouverture mais souhaite « mieux comprendre les risques » associés à l’IA, selon Thomas Regnier, porte-parole de la Commission.
Reste que l’arrivée potentielle de Mythos sur le Vieux Continent soulève de nombreuses questions économiques et stratégiques. L’accès d’une entreprise américaine aux systèmes et aux données des États membres interroge sur la maîtrise de la souveraineté numérique européenne. Pour certains observateurs, le recours à de puissantes IA américaines menace d’ancrer une situation de dépendance technologique durable, dans un secteur déjà marqué par la domination de quelques géants. Cette relation asymétrique rappelle la nécessité, pour les institutions européennes comme pour les investisseurs privés, de ne pas surexposer leurs ressources stratégiques et patrimoniales à un seul canal technologique.
Ces interrogations s’inscrivent dans une période marquée par l’incertitude économique, où l’envolée de l’inflation, la hausse des taux d’intérêt et la volatilité des marchés financiers plaident pour une diversification accrue des stratégies de protection – qu’il s’agisse de l’épargne institutionnelle ou privée. Si la cybersécurité devient un actif vital, certains analystes rappellent que les crises récentes ont aussi souligné les limites du tout-numérique et de la concentration de la valeur dans les seules infrastructures informatiques. Dans ce paysage mouvant, l’intérêt pour les actifs tangibles – or, immobilier, pièces de collection, voire places de parking ou montres rares – traduit la quête de matériel et de stabilité face à la fragilité potentielle du cyberespace.
Le débat auquel font face les dirigeants européens rappelle la nécessité de concilier attractivité technologique et gestion du risque, avec pour enjeu l’équilibre entre l’innovation et l’autonomie stratégique. L’exemple du Royaume-Uni, qui a déjà évalué Mythos via l’Institute for AI Safety, ou la collaboration entre Anthropic et les agences américaines, démontre l’intérêt grandissant des puissances publiques pour ces outils – tout en soulignant la sensibilité politique de leur contrôle. Outre-Atlantique, la Maison-Blanche elle-même s’est montrée frileuse à l’idée d’ouvrir l’accès à Mythos à de nouveaux acteurs, invoquant des exigences de sécurité nationale rarement débattues sur la place publique.
La perspective d’une Europe équipée d’une IA américaine aussi puissante inquiète jusque dans les rangs de la tech française. Lors d’une récente audition à l’Assemblée nationale, Arthur Mensch, PDG de Mistral AI, appelait à « maîtriser cette technologie » et à éviter toute situation où le code source des systèmes sensibles français serait analysé par un acteur extérieur, insistant sur le risque d’un verrouillage irréversible de la souveraineté européenne. Mistral AI envisage de développer son propre modèle concurrent, illustrant l’ambition d’un renforcement de l’autonomie stratégique du continent en matière technologique.
Face à la montée des risques cyber, les enjeux de gouvernance internationale, d’équilibre des forces et de protection des infrastructures critiques deviennent centraux pour l’économie européenne. À l’heure où la diversification des actifs apparaît comme une variable-clé pour la protection patrimoniale, l’Union européenne se retrouve à un carrefour : celui du choix entre puissance extérieure et autonomie, centralisation technologique et robustesse diversifiée.










