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Taxe Zucman : une étude met en lumière ses limites pour les finances publiques françaises

L’ambitieux projet de taxe sur les grandes fortunes, porté par l’économiste Gabriel Zucman et défendu par une part de la gauche française, ne rapporterait ni les recettes attendues ni un gain net pour les finances publiques. C’est la conclusion à laquelle aboutit une étude inédite conduite par Pierre Andrews, doctorant en économie, et une équipe d’économistes reconnus, qui analyse en détail les effets potentiels de cette taxe appliquée aux patrimoines de plus de 100 millions d’euros.

Alors que l’idée d’accroître la contribution fiscale des ultra-riches revient régulièrement dans le débat public, la proposition de Gabriel Zucman a reçu une attention particulière, en France comme à l’international. En juin 2024, un rapport commandé par la présidence brésilienne du G20 en suggérait l’adoption mondiale ; son pendant français s’est matérialisé par une proposition de loi adoptée à l’Assemblée nationale mais rejetée au Sénat à l’été 2025. Zucman chiffrait alors le rendement potentiel de sa taxe entre 15 et 25 milliards d’euros par an pour la France.

Or, une analyse approfondie remet sérieusement en question ces estimations. Selon l’étude publiée pour le collectif Trop, c’est trop !, le rendement, d’un point de vue strictement comptable, ne dépasserait pas 5 à 6 milliards d’euros par an, loin du montant évoqué par ses promoteurs. Cette évaluation repose sur deux corrections majeures. Premièrement, nombre des très grandes fortunes recensées dans la presse spécialisée ne sont pas effectivement résidentes fiscales en France, un fait qui minore l’assiette. Deuxièmement – et surtout –, la méthodologie de Zucman intègre dans la base imposable la valeur des bénéfices conservés par les entreprises, tout en omettant de soustraire l’impôt sur les sociétés déjà acquitté sur ces bénéfices, ce qui conduit à une double imposition de certains flux financiers.

Le texte souligne par ailleurs que la sensibilité du rendement d’une telle taxe aux réactions des contribuables est très forte. L’expérience d’autres pays montre que l’instauration d’un nouvel impôt sur le patrimoine déclenche une double dynamique : des départs physiques hors du territoire (réponse extensive) et des stratégies d’optimisation ou de restructuration patrimoniale (réponse intensive). Une récente étude (Jakobsen et al., 2024) sur les cas suédois et danois observe qu’à chaque euro de recette envisagée, près des trois quarts s’évanouissent en raison de ces réactions, l’érosion de l’assiette restant une menace majeure et largement invisible. Dans le contexte français, dont la base taxable est déjà très concentrée (70 % entre les dix plus grandes fortunes du pays), une décision de départ ou de réorganisation patrimoniale prise par une poignée de foyers bouleverserait instantanément le rendement de la taxe.

Autre fragilité structurelle : la dépendance de la taxe à la conjoncture boursière. De par la nature même des très grands patrimoines, souvent investis massivement en actifs financiers, les recettes annuelles seraient extrêmement volatiles. L’étude montre qu’un recul de 10 % du CAC 40, principal indice de la Bourse de Paris, entraînerait une baisse de près de 8 % des recettes de la taxe. La volatilité interannuelle prévue s’élève à 16,5 %, soit quatre fois plus que celle de la TVA. Dans ces conditions, arrimer le financement des dépenses publiques récurrentes (retraites, éducation, santé) à un impôt aussi fluctuant augmenterait les risques de déficit et d’endettement les années de crise boursière, sans permettre d’ajuster facilement la dépense à la réalité de la collecte.

Les répercussions seraient également macroéconomiques. S’appuyant sur des travaux récents menés en Norvège après une réforme analogue, l’étude estime que la taxe Zucman pourrait entraîner, à long terme, une perte de production de 1,3 % du PIB français, soit plus de 36 milliards d’euros par an. Ce choc permanent réduirait mécaniquement la base de tous les grands impôts de rendement (IS, impôt sur le revenu, TVA), amplifiant la perte budgétaire nette. Selon les scénarios centraux, le bilan s’établirait à –11,5 milliards d’euros annuels pour les finances publiques.

Ces résultats illustrent la complexité des politiques fiscales dans un environnement économique ouvert et financiarisé, où la mobilité des capitaux et des personnes, la volatilité des marchés financiers ainsi que la concentration des patrimoines limitent drastiquement la capacité de prélèvement de l’État sur la richesse nationale. Cet épisode rappelle l’importance pour les épargnants – et plus largement pour la société – de réfléchir à la robustesse des bases fiscales et aux risques associés à la dépendance croissante vis-à-vis des actifs financiers. Dans un contexte d’incertitude économique, marqué par la volatilité boursière, le débat sur la protection, la diversification et la matérialisation de l’épargne – notamment à travers les actifs tangibles (immobilier, or, objets de collection…) – reste donc plus que jamais d’actualité.

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