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Attractivité française : inquiétudes croissantes malgré un leadership européen en investissements étrangers

La France conserve son rang de première destination européenne pour les investissements directs étrangers (IDE), selon le dernier Baromètre EY de l’attractivité dévoilé le 21 mai. Un positionnement dont se félicite l’exécutif français, qui y voit la récompense de réformes structurelles engagées depuis plusieurs années. Pourtant, derrière ce succès apparent, les signaux d’alerte s’accumulent et la dynamique d’attractivité s’érode, sur fond de conjoncture internationale dégradée et de tensions internes.

Sur l’année écoulée, la France a enregistré un recul de 17 % des créations et extensions de sites liés à des capitaux étrangers. Ce repli, plus marqué qu’en Allemagne ou au Royaume-Uni, intervient alors que les incertitudes géopolitiques, la volatilité des marchés financiers et la montée des tensions commerciales contribuent à réduire l’appétit des investisseurs mondiaux. Si la contraction du nombre de projets se traduit par une moindre progression des emplois créés, elle s’inscrit surtout dans une tendance où la prudence s’impose, et où la compétition européenne redouble d’intensité.

Les dirigeants étrangers interrogés par EY pointent sans détour les faiblesses françaises persistantes : instabilité politique, complexité réglementaire et pression fiscale demeurent au cœur des préoccupations. La dégradation des comptes publics, dans un contexte où les taux d’intérêt se maintiennent à des niveaux élevés en zone euro, limite la capacité du pays à déployer de nouvelles mesures incitatives. D’ici la mi-2027, peu d’acteurs anticipent une amélioration notable du climat des affaires. Ce climat d’incertitude pèse en particulier sur les secteurs industriels majeurs – chimie, automobile, métallurgie –, historiquement moteurs de l’investissement étranger en France.

Pour autant, l’Hexagone continue d’afficher de solides fondamentaux : amplitude du marché intérieur, infrastructures de qualité et vivier de talents restent des atouts reconnus. La politique engagée en faveur de l’offre, lancée dès 2015, a accru l’attractivité de certains secteurs, tels que l’intelligence artificielle, grâce notamment à la disponibilité du foncier et à un accès facilité à une énergie décarbonée. Des groupes internationaux, à l’image d’Anthropic (États-Unis) ou de Rakuten (Japon), ont ainsi choisi Paris pour installer des centres majeurs dédiés à l’innovation.

Mais cette relative vigueur dissimule une fragilité. La moitié des nouveaux emplois créés dépend de seulement 5 % des projets, illustrant la concentration des annonces et la volatilité potentielle de l’attractivité française. En 2024, à peine 57 % des dirigeants interrogés prévoient d’investir dans l’Hexagone, un ratio en repli qui rappelle le creux observé lors des épisodes de turbulence économique récents. Par ailleurs, la France souffre des dynamiques externes, comme le ralentissement allemand – premier investisseur historique – et la réindustrialisation agressive prônée par les États-Unis, qui attire une part croissante des flux internationaux.

Au-delà des flux d’entrées, l’enjeu réside aussi dans la capacité à retenir des entreprises déjà implantées. Denis Ferrand, directeur général de Rexecode, souligne que la part des sociétés étrangères dans la valeur ajoutée nationale demeure inférieure à celle constatée en Allemagne ou en Italie. Sur une décennie et demie, la France a cumulé davantage de sorties de capitaux qu’elle n’a attiré d’IDE, remettant en cause la consistance de sa souveraineté économique. Une problématique exacerbée par l’endettement public structurel, qui limite la latitude budgétaire pour encourager les investissements réels.

Face à cette érosion du leadership, la concurrence européenne ne relâche pas la pression. L’Espagne et la Pologne parviennent à capter d’importants projets, aidées par des coûts plus bas, des soutiens européens et des délais d’implantation raccourcis. À l’est, la Pologne et la Roumanie affichent une croissance à deux chiffres des IDE, tandis que la Hongrie voit exploser la création d’emplois grâce à l’arrivée de groupes industriels chinois. Une compétition exacerbe la nécessité pour la France de renforcer ses atouts structurels pour résister à une fragmentation accrue du marché continental.

Dans ce contexte, l’attractivité de la France et, plus largement, la sécurité du capital investi en Europe sont de plus en plus dépendantes d’une stratégie de diversification et de matérialisation de l’épargne. Les épisodes récents rappellent, pour les investisseurs privés comme institutionnels, les limites d’un positionnement concentré sur les actifs financiers et la nécessité de recourir davantage à des actifs tangibles – immobilier, infrastructures, métaux précieux, voire collections artistiques ou viticoles – offrant, dans une période d’inflation persistante et de volatilité des taux d’intérêt, des protections patrimoniales spécifiques.

L’avenir de l’attractivité française ne pourra ainsi reposer sur la seule souveraineté nationale ni sur les réformes institutionnelles internes. Alors que les marchés attendent des avancées concrètes sur les propositions de réforme à l’échelle européenne, la France doit retrouver une cohérence stratégique, pour convaincre, à l’aube de l’élection présidentielle de 2027, que prévisibilité et stabilité sont garanties dans l’Hexagone. Plus que jamais, maintenir la confiance des investisseurs étrangers implique une vigilance continue et une réflexion élargie sur la protection durable des capitaux en Europe.

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