La mesure emblématique voulue par la gauche pour instaurer une nouvelle taxation sur les plus fortunés n’aura pas survécu à l’examen de la commission des finances. Mercredi 12 juin, la proposition de « taxe Zucman », du nom de l’économiste Gabriel Zucman, a été rejetée lors de la préparation du budget 2026 à l’Assemblée nationale, suscitant l’indignation des groupes de la Nupes.\n\nAu coeur des débats figurait la volonté de créer un prélèvement spécifique sur les patrimoines les plus élevés. Portée par plusieurs élus issus de la gauche, cette initiative devait s’appuyer sur les travaux de l’économiste français, qui recommande de taxer les ultra-riches pour renforcer la justice fiscale et financer les politiques publiques. Selon ses partisans, cette mesure aurait permis de dégager plusieurs milliards d’euros chaque année pour soutenir les services publics en pleine tension budgétaire, tout en luttant contre l’augmentation des inégalités.\n\nMais, dès le début des discussions, le camp présidentiel et la droite se sont montrés hostiles à ce dispositif, arguant que la création d’une telle taxe risquait de nuire à l’attractivité économique de la France. « La compétitivité fiscale de notre pays est déjà fragile. Ajouter une imposition ciblée sur les grandes fortunes enverrait le mauvais signal aux investisseurs étrangers », a fustigé un député Renaissance, rappelant l’abandon de l’Impôt de Solidarité sur la Fortune (ISF) il y a quelques années, censé rendre la France plus compétitive.\n\nEn commission des finances, la mesure n’a donc pas franchi le cap du vote, les voix de la majorité présidentielle, des Républicains et du Rassemblement national convergeant pour la rejeter. La gauche a aussitôt dénoncé une occasion manquée d’adapter le système fiscal aux défis contemporains. « Ce rejet prouve que la majorité reste sourde à la demande de justice sociale portée par une grande partie de la population », a regretté une députée écologiste. « La concentration extrême des richesses s’accentue. Réhabiliter une fiscalité sur les super-riches serait un marqueur fort du tournant social que beaucoup appellent de leurs voeux, » a renchéri un élu de La France insoumise.\n\nDe son côté, l’exécutif défend d’autres pistes pour financer la dépense publique, privilégiant la lutte contre la fraude fiscale et la croissance économique, plutôt que la création de nouveaux impôts. Le ministre de l’Économie a rappelé lors de la réunion que « la stabilité du cadre fiscal » demeure l’une des conditions pour renforcer les investissements et créer de l’emploi. « Nous partageons l’objectif de réduire les inégalités, mais il ne peut se faire au détriment de la compétitivité », indique-t-on à Bercy.\n\nFace à ce revers parlementaire, les groupes de gauche n’entendent toutefois pas abandonner la bataille. Plusieurs parlementaires affirment qu’ils déposeront à nouveau des amendements en faveur d’une taxation accrue des plus hauts patrimoines lors des prochaines étapes législatives, y compris en séance publique. « C’est un débat de fond sur la justice fiscale et l’avenir du consentement à l’impôt », assure la direction du Parti socialiste.\n\nLe rejet de la « taxe Zucman » intervient dans un contexte où le creusement du déficit public et la nécessité de financer la transition écologique nourrissent des tensions croissantes sur les choix budgétaires. Tandis que le gouvernement cherche à rassurer les marchés financiers sur sa maîtrise des dépenses, une partie de l’opinion réclame plus de solidarité et une meilleure répartition de la richesse. La question d’un effort spécifique des plus riches demeure donc un sujet sensible, qui n’a manifestement pas fini d’agiter le débat politique français à l’approche de la présentation officielle du budget 2026.
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Budget 2026 : la taxe sur les super-riches recalée en commission, la gauche dénonce un rendez-vous manqué
Par Robert Beldavin
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11 novembre 2025 6h49

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