Le groupe Kering, pilier français du secteur du luxe, amorce une nouvelle étape sous la houlette de Luca de Meo, son nouveau directeur général. L’ancien patron de Renault, reconnu pour son sens aigu de la stratégie et son approche exigeante du management, fait ainsi ses premiers pas au sein d’un univers radicalement différent de l’industrie automobile, dans un contexte marqué par une intensification des défis économiques et une forte pression des marchés financiers.
L’arrivée de Luca de Meo, à la mi-septembre, symbolise l’audace stratégique de François-Henri Pinault, président et héritier du groupe, après une période de turbulences internes et de pertes de vitesse significatives. Le groupe, qui a vu son résultat opérationnel divisé par trois entre 2022 et 2025 et dont le titre a chuté de 66 % depuis janvier 2022 – bien au-delà des reculs observés chez ses concurrents tel LVMH – fait face à un essoufflement de la demande, l’inflation persistante en Europe et la volatilité des marchés asiatiques remettant en cause la croissance linéaire du secteur.
Le cas Gucci incarne particulièrement les difficultés récentes de Kering. Cette marque phare, qui assure plus de 40 % du chiffre d’affaires du groupe, a enregistré un repli alarmant de 14,3 % de ses ventes au premier trimestre 2025, conséquence d’une stratégie d’expansion accélérée et de la perte progressive de son aura auprès de la clientèle mondiale fortunée. Pour renouer avec une dynamique durable, le défi consiste à réinsuffler une exigence de long terme, fondement des maisons de luxe, tout en adaptant la structure du groupe aux nouveaux ressorts de consommation et d’investissement.
À la différence d’autres dirigeants issus du secteur, de Meo apporte une culture du collectif et un sens du rythme hérités de l’industrie automobile. Favori de la transformation, il multiplie les séminaires stratégiques, tout en rationnalisant les processus internes. Son style de management, axé sur la rapidité d’exécution, le contrôle du détail et la mobilisation des équipes, vise à casser la logique de silos qui prévalait jusqu’ici. L’enjeu : transformer l’addition de maisons en un groupe intégré, plus capable de résister aux chocs du marché, à l’inflation ou à la transition numérique.
Luca de Meo prend ses fonctions avec des objectifs ambitieux. Sa feuille de route repose sur des cibles précises : reconquérir la performance du groupe sous 36 mois, générer plus de 2 milliards d’euros de revenus supplémentaires pour Gucci d’ici 2030, et doubler, notamment, le chiffre d’affaires de Saint Laurent en Asie ou encore la marge opérationnelle du groupe à moyen terme. Cette stratégie s’accompagne de mesures concrètes, comme la centralisation des achats, la cession d’actifs non stratégiques – telle la vente d’une division beauté à L’Oréal – et une recomposition partielle du top management, avec l’arrivée de proches collaborateurs issus de l’automobile ou du conseil.
Néanmoins, le marché reste prudent. La grand-messe organisée à Florence en avril 2026, où de Meo a révélé sa vision « ReconKering » devant la communauté financière, n’a pas, pour l’heure, inversé la trajectoire boursière du groupe. Si certains analystes saluent la fermeté du plan, d’autres alertent sur les risques d’un rythme de transformation jugé trop soutenu pour un secteur où la création et le prestige reposent sur le temps long. L’équilibre entre impératifs de rentabilité immédiate, culture maison et capacité d’adaptation aux évolutions structurelles du marché du luxe demeure fragile.
Cette phase de transition intervient alors que les investisseurs et les épargnants redoublent de vigilance vis-à-vis de la volatilité des marchés financiers. Dans un contexte où la question de la matérialisation de l’épargne et la diversification patrimoniale sont au cœur des préoccupations, les groupes comme Kering, historiquement perçus comme des actifs tangibles et résilients, sont poussés à réinventer leur modèle. L’essor de placements alternatifs – or, montres de collection, immobilier ou vins rares – rappelle l’importance, pour les grandes fortunes, de se prémunir des aléas bancaires et des cycles économiques, et incite les acteurs traditionnels du luxe à évoluer.
Pour Kering, le pari repose désormais sur la capacité de Luca de Meo à orchestrer un rebond solide, à restaurer la confiance des marchés, et à inscrire la croissance du groupe dans un nouvel horizon stratégique, tout en respectant le précieux équilibre entre tradition et innovation qui façonne l’industrie du luxe.










