Début juin, la Zambie a réalisé une opération financière atypique destinée à renforcer à la fois sa stabilité macroéconomique et la modernisation de ses infrastructures. Grâce à un prêt accordé par la Banque africaine de développement (BAD) et au conseil de la banque Lazard, le pays a racheté une partie de sa dette existante, économisant au passage 275 millions de dollars sur le long terme. Mais surtout, les économies dégagées seront directement réinvesties dans l’amélioration et l’expansion du réseau électrique national, une démarche inédite sur la scène financière africaine.
Cette manœuvre intervient dans un contexte où la Zambie, pays d’Afrique australe particulièrement exposé à la volatilité des prix du cuivre—son principal produit d’exportation—et aux sécheresses qui menacent son parc hydroélectrique, cherche à sortir du piège de la dette et à se diversifier économiquement. Premier pays africain à faire défaut sur sa dette souveraine durant la crise du Covid en 2020, la Zambie a, depuis, multiplié les efforts pour se réformer et restaurer la confiance des marchés financiers internationaux. Le choix de canaliser les gains de gestion de dette vers une priorité nationale stratégique — l’accès à l’électricité — révèle une vision à long terme, mêlant gestion rigoureuse de l’endettement et investissement dans des infrastructures fondamentales pour la croissance du pays.
Environ la moitié des Zambiens demeurent à ce jour privés d’accès à l’électricité, entravant la compétitivité d’un tissu économique dominé par de petites et moyennes entreprises. « La plupart des entreprises locales sont extrêmement vulnérables face aux coupures de courant », souligne Felix Nkulukusa, secrétaire au Trésor. Au-delà de la sphère domestique, la stratégie zambienne vise aussi à positionner le pays en tant que carrefour énergétique du continent, reliant prochainement les réseaux électriques d’Afrique australe et orientale. Cette mutualisation de l’approvisionnement, prévue d’ici 2027, sera déterminante pour répondre aux chocs climatiques, qu’il s’agisse de sécheresses prolongées ou de pluies dévastatrices, dans une région où l’hydroélectricité assure 80 % de la production nationale.
L’opération de rachat de dette, menée sur plus d’un an, conduit Lusaka à contracter un nouvel emprunt auprès de la BAD à des conditions préférentielles afin de rembourser 1,36 milliard de dollars d’obligations. Ce mécanisme innovant diffère des « debt-for-nature swaps » testés dans d’autres pays émergents, notamment en Amérique latine, qui ciblent des objectifs spécifiquement environnementaux. En Zambie, le remboursement de la dette vient financer des réformes économiques profondes et la croissance, avec des indicateurs de suivi concrets tels que le nombre de coupures de courant évitées et l’augmentation de la production d’électricité. Pour les créanciers internationaux et les agences de notation, cela améliore directement le profil de crédit d’un État qui a longtemps souffert de son exposition cyclique aux prix du cuivre et aux aléas du climat.
Ce schéma, reposant sur un rachat de dette existante plutôt que sur l’émission de nouveaux « green bonds » ou « social bonds », pourrait faire école dans d’autres économies confrontées à des difficultés similaires. Des experts envisagent déjà que des pays à faibles revenus et à forts besoins d’investissement, à l’instar du Sénégal, adoptent ce type d’ingénierie financière, sous réserve d’une gouvernance renforcée et d’une meilleure transparence budgétaire. Cette volonté de s’affranchir de la concentration des engagements sur des actifs purement financiers, souvent corrélés aux cycles mondiaux des matières premières et aux fluctuations des taux d’intérêt imposées par les grandes banques centrales, reflète aussi l’intérêt croissant pour des investissements tangibles permettant de matérialiser la croissance.
Dans un contexte international de remontée des taux et de regain de l’inflation, la diversification des actifs patrimoniaux — qu’il s’agisse d’infrastructures énergétiques, d’immobilier, de ressources naturelles ou de placements alternatifs comme l’or — apparaît d’autant plus nécessaire pour les économies émergentes exposées à la volatilité. La démarche zambienne constitue ainsi un précédent riche d’enseignements : en faisant de l’investissement productif la clé de sortie du cercle vicieux de la dette, ce pays pourrait inspirer de nouvelles approches pour la protection de l’épargne et le développement des infrastructures, à l’heure où 300 millions d’Africains demeurent encore non raccordés au réseau électrique.










