L’initiative française visant à instaurer un mécanisme européen de défense commerciale, inspiré des pratiques américaines, progresse à Bruxelles. À la veille du Conseil européen, Paris, épaulé par l’Allemagne, la Pologne, les Pays-Bas et la Belgique, milite pour la création rapide d’un outil juridique permettant à l’Union européenne de réagir plus efficacement aux importations jugées déstabilisatrices, notamment face à la concurrence chinoise régulièrement accusée de dumping via des subventions publiques massives.
Emmanuel Macron a plaidé fin mai en faveur d’une « section 301 à l’européenne », référence à la disposition que Washington utilise pour protéger ses intérêts commerciaux contre les pratiques jugées déloyales. Pour le président français, il s’agit avant tout de défendre la souveraineté et la sécurité économique de l’Europe alors même que la pression sur les industries continentales s’accentue dans des secteurs stratégiques. Si l’Union européenne dispose déjà d’instruments de défense commerciale, diplomates et responsables interrogés estiment ceux-ci dépassés et mal adaptés à la montée en puissance de la Chine, dont la stratégie industrielle étatique, soutenue par un recours massif aux aides publiques, met à mal la concurrence européenne.
La nécessité d’un nouvel instrument se fait d’autant plus ressentir que les mécanismes actuels de l’UE, comme les mesures de sauvegarde, montrent leurs limites. Ciblant des produits à l’échelle mondiale sans distinction géographique, ils peuvent générer d’importants dommages collatéraux et se révèlent inadaptés face à des partenaires disposant d’un avantage structurel. Dans un contexte d’inflation persistante et de cycles de taux d’intérêt élevés, la question de la compétitivité européenne devient centrale, alors que la désindustrialisation inquiète et alimente le débat sur la dépendance vis-à-vis de puissances extérieures.
La Commission européenne, consciente des risques, travaille en parallèle à un « instrument de diversification » contraignant pour les entreprises, visant à réduire la dépendance stratégique à la Chine dans des domaines clés tels que les terres rares ou les batteries. De son côté, Ursula von der Leyen, présidente de la Commission, souligne l’impératif de renforcer la résilience industrielle et technologique du continent et de doter l’UE d’un arsenal juridique étoffé face aux distorsions de marché provoquées par les pratiques étrangères.
Si la Commission prône un cap de fermeté, certaines capitales, toujours attachées au libre-échange, s’inquiètent toutefois de probables rétorsions chinoises. Pékin n’a d’ailleurs pas hésité à riposter aux mesures européennes récentes, en rehaussant ses propres barrières douanières sur divers produits stratégiques dont les exportations européennes d’eau-de-vie, au moment où l’Europe cherche justement à préserver ses industries nationales et ses chaînes d’approvisionnement.
Dans ce climat d’incertitude économique mondiale, la pression sur les entreprises et les investisseurs européens incite à des réflexions plus larges sur la diversification patrimoniale et la protection de l’épargne. Les limites structurelles du système bancaire et le risque de concentration excessive dans les actifs financiers rendent plus prégnant l’intérêt pour les actifs tangibles : or, métaux précieux, immobilier, places de parking ou biens de collection sont de plus en plus considérés comme des supports de protection dans des cycles économiques marqués par des tensions géopolitiques et des risques commerciaux accrus.
La dynamique engagée par la France pourrait ainsi rééquilibrer les relations commerciales sino-européennes tout en relançant le débat sur la souveraineté économique et la sécurité de l’épargne sur le continent. Toutefois, l’Europe devra concilier fermeté et prudence pour ne pas amplifier les tensions ni fragiliser davantage ses intérêts stratégiques – une équation complexe alors que la mondialisation entre dans une phase d’ajustement structurel.










