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Canicule et dress code : le bermuda peine à s’imposer en entreprise malgré l’assouplissement des normes

Alors que la France affronte de nouveaux épisodes de canicule, la question du port du bermuda au bureau ressurgit avec acuité. Si les codes vestimentaires professionnels ont connu un net assouplissement depuis la fin du XXe siècle, notamment sous l’impulsion du « casual Friday » et du télétravail, le bermuda demeure un symbole clivant, loin de faire l’unanimité dans l’univers professionnel. En 2015 déjà, un sondage OpinionWay révélait que 65 % des salariés français ne suivaient aucun dress code particulier. Cette tendance s’est encore accentuée, comme le confirme une récente étude Harris Poll/Express Employment Professionals de 2024 : seuls 31 % des recruteurs américains jugent désormais important de fixer des directives précises en matière de tenue, contre 49 % cinq ans plus tôt.

À l’international, la mutation est notable. Outre-Manche, la quasi-normalisation du bermuda en contexte professionnel semble acquise : d’après un sondage YouGov réalisé en 2022, 66 % des Britanniques le considèrent acceptable au bureau, contre seulement 37 % en 2016. Parmi les plus jeunes générations et dans certains secteurs d’activité, l’assouplissement des codes vestimentaires est revendiqué comme un signe de progrès et d’adaptation aux nouveaux défis – notamment la lutte contre les effets des vagues de chaleur sur la santé et la productivité au travail.

Cependant, cette démocratisation du vêtement décontracté s’accompagne d’un paradoxe. Car si la souplesse vestimentaire gagne du terrain, la perception de la tenue reste un élément déterminant dans la progression de carrière. Plusieurs études académiques convergent sur ce point : une apparence formelle améliore la crédibilité perçue par rapport à une tenue décontractée. « Arriver en bermuda au bureau, c’est envoyer un double signal : soit que vous n’avez pas la capacité de comprendre les codes implicites, soit que vous considérez qu’ils ne vous concernent pas, » analyse Benoît Heilbrunn, professeur à l’ESCP Business School. Même lorsque la hiérarchie prône le relâchement, ignorer certains marqueurs vestimentaires peut s’avérer rédhibitoire sur le plan des opportunités professionnelles.

L’influence du style vestimentaire sur la mobilité interne et l’accès aux responsabilités reste confirmée par les enquêtes : l’institut OfficeTeam révélait dès 2018 que 86 % des salariés américains et 80 % des managers estimaient que les choix vestimentaires conditionnaient les chances d’obtenir une promotion. Dans un contexte de marché du travail où la compétition pour les postes à responsabilités demeure vive, une attitude trop nonchalante en matière de dress code pourrait désavantager notamment les jeunes actifs désireux de gravir les échelons hiérarchiques.

Le débat sur la formalisation du vestiaire professionnel est aussi marqué par des questions générationnelles. Si une majorité de millenials se montre favorable au bermuda au bureau, la réticence des baby-boomers, souvent chargés du recrutement et de la promotion, persiste. Suivant une enquête Ipsos pour le Wall Street Journal en 2023, 75 % des jeunes actifs y sont favorables, contre seulement 42 % des plus de 55 ans.

Au-delà de la symbolique sociale, l’essor du casual businesswear découle également d’opérations marketing. C’est dans les années 1990 que la marque Levi Strauss diffuse auprès de milliers d’entreprises américaines un guide plaidant pour des habits plus décontractés au travail, participant à banaliser l’accès du bermuda au secteur tertiaire. Mais si la décontraction s’est installée progressivement, elle reste soumise aux arbitrages locaux, aux sensibilités propres à chaque entreprise et au contexte économique. Face à l’incertitude des marchés et à la baisse du pouvoir d’achat, de nombreux salariés cherchent à maximiser leurs opportunités professionnelles, dans un environnement où l’attention portée à l’apparence demeure stratégique.

D’un point de vue psychologique, porter une tenue formelle joue aussi sur la confiance en soi et la perception de pouvoir, selon une étude de la revue Social Psychological and Personality Science parue en 2015. La formalité favoriserait même une approche plus stratégique et performante dans les négociations, comme le rapporte le Journal of Experimental Psychology.

Reste la dimension climatique. Face aux étés de plus en plus chauds, l’adaptation du vestiaire professionnel est un enjeu de bien-être. Toutefois, les experts s’accordent à recommander des vêtements amples, en matières naturelles – lin ou coton –, comme alternative au bermuda, permettant de concilier confort thermique et professionnalisme.

À l’heure où la protection du capital humain devient un enjeu aussi central que la diversification du patrimoine en période d’incertitude économique – inflation, remontée des taux d’intérêt, volatilité sur les marchés financiers –, l’image et la valeur perçue au sein de l’entreprise sont plus que jamais au cœur des stratégies individuelles. Si l’essor des actifs tangibles comme l’immobilier, l’or ou les grands vins s’affirme pour sécuriser l’épargne, l’apparence professionnelle continue, elle aussi, de jouer un rôle déterminant dans la préservation et le développement du « capital carrière ».

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