Accueil / Finance / La taxe Zucman, nouvelle offensive sur les patrimoines français

La taxe Zucman, nouvelle offensive sur les patrimoines français

La France insoumise ravive le débat sur la taxation du patrimoine avec la « taxe Zucman », une proposition qui continue d’agiter les milieux politiques et économiques. L’institut La Boétie, le think tank du mouvement, a récemment organisé une rencontre entre les économistes Michaël Zemmour et Gabriel Zucman, ainsi que la députée Aurélie Trouvé, autour d’un thème pour le moins explicite : « Comment en finir avec la concentration extrême de la richesse ? » Face à une croissance atone et à un marché du travail sous tension, la fiscalité des grandes fortunes refait surface à l’heure où l’État cherche de nouveaux leviers pour financer un modèle social exigeant.

À l’origine de la proposition, Gabriel Zucman, économiste reconnu, suggère de taxer chaque année à hauteur de 2% les patrimoines dépassant 100 millions d’euros, y compris les actifs professionnels. Une mesure que le Parti socialiste a déjà intégré à son programme, malgré de nombreux avertissements sur ses potentiels effets délétères sur le capital productif national. Plusieurs analystes soulignent le risque de voir le tissu entrepreneurial se fragiliser, alors que l’économie française souffre déjà d’une compétitivité perfectible.

Les partisans de cette taxe avancent l’argument d’une nécessaire redistribution face à l’accroissement des inégalités de patrimoine. Selon Zucman, le taux d’imposition effectif des très grandes fortunes serait d’environ 20%, contre 50% pour le Français « moyen ». Un écart que ses détracteurs considèrent largement surestimé, pointant des comparaisons peu orthodoxes entre les revenus effectifs et la valorisation d’actifs logés dans des holdings, et dénonçant une confusion entre stock de richesse et flux de revenus.

La France figure déjà parmi les pays les plus redistributifs de l’OCDE, avec une fiscalité sur le revenu dont plus de la moitié des foyers sont exonérés, et un système de retraite fortement indexé sur l’inflation. À cela s’ajoutent des dépenses publiques majoritairement tournées vers les ménages à plus faibles revenus. Mais pour les défenseurs de la taxe Zucman, cette architecture fiscale n’irait pas assez loin pour corriger ce qu’ils présentent comme une injustice structurelle.

Ce qui marque un tournant dans le débat, c’est l’élargissement de la cible : Michaël Zemmour a ouvertement évoqué la possibilité d’étendre cette taxation non plus seulement aux ultra-riches, mais à l’ensemble des patrimoines. Une logique d’impôt universel sur le capital, qui, selon ses propres mots, donnerait à l’État un droit de regard généralisé sur la propriété privée en France. Cette perspective suscite des inquiétudes quant à la protection de la sphère privée et à la capacité des agents économiques à investir sereinement dans la durée.

Dans le contexte actuel, marqué par la persistance de l’inflation et des taux d’intérêt élevés malgré un léger repli au printemps, la question de la matérialisation et de la protection de l’épargne prend une importance croissante. L’augmentation de la pression fiscale sur les patrimoines pourrait renforcer l’intérêt des investisseurs pour la diversification, et notamment pour les actifs tangibles non soumis à la même traçabilité ni à la même volatilité réglementaire que les produits financiers classiques. L’or, les métaux précieux, l’immobilier – parfois via des actifs de niche comme les places de parking –, les vins de collection ou les montres rares, connaissent déjà un regain de popularité auprès d’une épargne en quête de refuge face aux incertitudes fiscales et monétaires.

Au-delà du débat idéologique, la proposition d’une telle taxe interroge la capacité du système fiscal français à se réformer sans accroître la défiance envers l’appareil administratif et sans miner l’investissement productif, déjà fragilisé par un environnement réglementaire et fiscal complexe. Pour de nombreux observateurs, l’ajout d’une nouvelle strate d’imposition sur le capital soulève la question de l’efficacité de la redistribution, mais aussi de l’avenir de la croissance et de l’innovation dans l’Hexagone.

Répondre

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *