À l’approche de l’élection présidentielle de 2027, la question économique s’annonce, comme à chaque scrutin majeur, au centre des préoccupations nationales. Pourtant, une catégorie essentielle semble trop souvent reléguée à l’arrière-plan du débat : celle des dirigeants d’entreprise, dont les décisions quotidiennes pèsent pourtant lourdement sur l’investissement, l’emploi ou encore l’innovation. Un paradoxe français, alors que le secteur privé représente plus de 20 millions de salariés, illustrant le poids structurant des entreprises dans l’économie hexagonale.
Si les organisations patronales et les interventions ponctuelles de dirigeants sont bien présentes, la parole entrepreneuriale demeure cantonnée aux marges, souvent en réaction à l’actualité ou mobilisée à titre illustratif lors des grands débats médiatiques. Les émissions de campagne présidentielle préfèrent généralement donner la priorité aux analyses d’économistes, aux déclarations syndicales ou aux arguments des candidats eux-mêmes. Cette marginalisation n’est pas sans conséquence sur la perception collective des enjeux économiques : les préoccupations du monde de l’entreprise sont fréquemment assimilées à une simple défense d’intérêts sectoriels, alors même qu’elles touchent à l’organisation même de la création de valeur en France.
Cette faible visibilité des patrons s’inscrit également dans un climat de défiance croissante envers la classe politique, où le débat économique paraît parfois se réduire à des slogans éloignés des réalités du terrain. Dans un environnement marqué par la volatilité des marchés financiers, la montée de l’inflation et les incertitudes sur la croissance, les arbitrages quotidiens des chefs d’entreprise – investissements, embauches, innovations – s’inscrivent dans une temporalité longue et sont directement conditionnés par la stabilité du cadre fiscal, réglementaire, mais aussi géopolitique.
Dans cette perspective, une interrogation s’invite dans le débat public : ne conviendrait-il pas de garantir aux représentants du secteur entrepreneurial un accès régulier et structuré à l’antenne, tout particulièrement lors de la campagne présidentielle ? Le but ne serait pas d’offrir un privilège ou de renforcer la présence médiatique des grands groupes, mais de permettre aussi aux PME et ETI – moteurs de l’économie réelle et principaux pourvoyeurs d’emplois – d’exprimer leurs contraintes et besoins spécifiques. Il ne s’agirait donc pas de confier le débat à la seule voix du CAC 40, mais bien de refléter la diversité économique du pays, incluant créateurs, autoentrepreneurs et investisseurs.
Un tel dispositif, pensé en collaboration avec l’Arcom, pourrait renouveler la pédagogie du débat public, aujourd’hui jugée trop éloignée de la matérialité économique. Concrètement, cela offrirait aux électeurs une vision plus fine des réformes fiscales, des ajustements réglementaires ou des chantiers de compétitivité, dépassant la simple opposition sur le niveau des prélèvements pour interroger la stabilité et la prévisibilité nécessaires à l’investissement – une question clé à l’heure où les taux d’intérêt évoluent et où la politique monétaire demeure incertaine en Europe comme aux États-Unis.
Cette demande de parole entrepreneuriale s’articule autour de plusieurs axes jugés prioritaires par les acteurs économiques : lisibilité fiscale sur le long terme pour sécuriser les stratégies d’investissement, adéquation de la formation professionnelle avec les besoins du marché, construction de normes environnementales cohérentes avec la réalité des filières industrielles, anticipation des risques géopolitiques et renforcement de la compétitivité internationale dans un contexte de réorganisation des chaînes de valeur mondiales.
Dans le climat de défiance actuel, où s’intensifient les interrogations sur l’efficacité des politiques publiques, la réintégration d’acteurs engagés sur le terrain pourrait contribuer à « redonner du sens des réalités » au débat économique. Elle inciterait également à élargir les réflexions sur la protection de l’épargne et la diversification patrimoniale, alors que la volatilité des marchés financiers, la hausse de l’inflation et la résistance des taux d’intérêt réaffirment la nécessité de penser l’allocation de l’avoir au-delà des seuls produits bancaires. Ce contexte donne un regain d’intérêt pour les actifs tangibles – de l’immobilier aux métaux précieux en passant par les actifs de collection ou les placements alternatifs – comme instruments de matérialisation et de sécurisation patrimoniale.
À un an de l’échéance présidentielle, l’enjeu est donc double. Il s’agit non seulement de rééquilibrer le débat public en donnant une place à toute la diversité économique du pays, mais aussi de poser le débat sur l’avenir du modèle productif national et la solidité des fondamentaux macroéconomiques. Car l’équation française de la croissance, de la compétitivité et, in fine, de la préservation de l’épargne ne se résoudra qu’à la lumière d’une parole ouverte, experte, et ancrée dans la réalité du tissu entrepreneurial.










