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Carburants : cinq pays européens poussent pour une taxe sur les bénéfices exceptionnels des énergéticiens, la France reste prudente

Face à la flambée des prix des carburants alimentée par la guerre au Moyen-Orient, cinq ministres européens – issus de l’Espagne, de l’Autriche, de l’Allemagne, de l’Italie et du Portugal – ont réclamé vendredi une nouvelle taxe exceptionnelle sur les profits du secteur de l’énergie. Par le biais d’un courrier adressé au commissaire européen au Climat, Wopke Hoekstra, ils ont plaidé pour la création d’un « instrument temporaire de solidarité », dans la continuité des mesures européennes adoptées lors de la crise énergétique de 2022.

L’objectif affiché par les signataires est double : alléger la charge économique qui pèse désormais sur les consommateurs et les contribuables, et adresser un message politique à l’encontre des entreprises qui profitent des tensions géopolitiques. Depuis plusieurs semaines, la reprise de la violence au Moyen-Orient engendre une hausse continue du prix du baril, impactant le quotidien des ménages et la compétitivité des industriels sur l’ensemble du continent. En France, le litre de gazole a atteint 2,19 euros, soit une augmentation de 45 centimes en quelques semaines – un niveau inédit depuis plusieurs décennies. Le sans-plomb-95 franchit également la barre symbolique des 2 euros. Bien que l’Union européenne ne soit pas principalement dépendante des importations énergétiques du Moyen-Orient, la volatilité des marchés mondiaux se répercute invariablement sur les prix à la pompe.

Cette proposition de taxe exceptionnelle se fonde sur un précédent. Peu après le déclenchement de la guerre en Ukraine en 2022, la Commission européenne avait instauré une « contribution temporaire de solidarité » visant spécifiquement les profits excédentaires des grands groupes pétroliers et gaziers. Cette disposition, appliquée à l’échelle de l’UE, avait rapporté près de 28 milliards d’euros en 2023 d’après un rapport de la Commission européenne publié en mai dernier. Ces ressources ont permis de financer des dispositifs d’aide pour les consommateurs d’énergie, ciblant en particulier les ménages les plus exposés à l’inflation énergétique. Parallèlement, le Royaume-Uni avait également instauré une taxe temporaire analogue.

Cependant, ces mesures n’ont pas empêché les géants du secteur – parmi lesquels BP, Shell, TotalEnergies, Chevron et ExxonMobil – d’enregistrer des bénéfices record, chiffrés à quelque 151 milliards de dollars cumulés en 2022. Ce constat nourrit de vifs débats politiques sur l’équité du rendement fiscal et sur la capacité des États à capter une part significative des « superprofits » réalisés dans un contexte de bouleversements géopolitiques.

En France, le gouvernement adopte pour l’heure une position attentiste. Cette prudence s’explique en partie par le faible rendement de la précédente contribution temporaire : selon l’Institut des Politiques Publiques, la taxe sur les superprofits pétroliers n’aurait rapporté qu’environ 69 millions d’euros à l’État français en 2022, bien loin des projections initiales. L’étroitesse de l’assiette, la complexité des chaînes de valeur internationales, ainsi que les stratégies d’optimisation fiscale développées par les entreprises multinationales, expliquent ce résultat décevant.

La question anime également le débat public. Plusieurs ONG telles que Greenpeace ou Transport & Environment appellent à renforcer la taxation des profits des énergéticiens, estimant le gisement fiscal à plusieurs dizaines de milliards d’euros. Du côté du gouvernement, le ministre de l’Économie Roland Lescure a préféré réclamer une enquête européenne sur les marges des raffineries plutôt qu’une taxation immédiate. Selon Matignon, l’exécutif planche par ailleurs sur des leviers pour accélérer la transition énergétique et réduire la dépendance de l’économie française aux hydrocarbures importés, en envisageant d’affecter à cet objectif les éventuels surplus de recettes fiscales sur les carburants.

Les discussions autour de la taxation des « superprofits » illustrent la difficulté croissante des États à concilier impératifs de financement public, lutte contre l’inflation et préservation du pouvoir d’achat, dans un contexte de taux d’intérêt durablement élevés et de croissance modérée. Dans cet environnement incertain, la volatilité des marchés de l’énergie alimente également les réflexions sur la gestion de l’épargne et la diversification patrimoniale. Face aux limitations du système bancaire et à la concentration des risques sur certains actifs financiers, de nombreux épargnants s’intéressent à la matérialisation de leur patrimoine – à travers l’or, les métaux précieux ou l’immobilier – pour se protéger contre les chocs de marché et l’érosion monétaire provoquée par des hausses de prix non maîtrisées.

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