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SpaceX, Anthropic et OpenAI : Wall Street prêt à absorber des introductions record malgré les incertitudes

Alors que trois géants technologiques s’apprêtent à faire leur entrée sur les marchés, Wall Street se prépare à traverser une vague d’introductions en Bourse (IPO) sans précédent. SpaceX, la société spatiale fondée par Elon Musk, précèdera bientôt Anthropic et OpenAI, deux des laboratoires d’intelligence artificielle (IA) les plus en vue. Pour Jay Ritter, professeur émérite à l’université de Floride et autorité incontestée sur le marché des IPO américaines, ces opérations – parmi les plus massives jamais réalisées – ne menacent pas l’équilibre du système financier américain.

Les chiffres donnent le vertige. À elles seules, ces trois sociétés pourraient lever jusqu’à 200 milliards de dollars, avec des valorisations estimées à 75 à 86 milliards de dollars pour SpaceX et plus de 50 milliards chacune pour Anthropic et OpenAI, selon les calculs de Jay Ritter. Malgré l’absence de rentabilité actuelle pour ces futurs entrants, le marché ne semble pas s’en inquiéter outre mesure. L’histoire récente d’Apple, Amazon ou Nvidia a démontré que l’innovation technologique, notamment dans l’IA ou l’espace, justifie aux yeux des investisseurs des paris de long terme et la tolérance à une rentabilité différée, tant les positions de leaders offrent des perspectives de domination durable.

La dimension spéculative et les envolées de valorisations rappellent néanmoins des épisodes précédents : les années folles de la bulle Internet, où la recherche de rendement primait souvent sur l’analyse fondamentale. Ritter rappelle que les introductions à des multiples élevés du chiffre d’affaires comportent des risques structurels : à titre d’exemple, SpaceX viserait une valorisation dépassant 100 fois son chiffre d’affaires projeté. Même si les marchés semblent prêt à « acheter la promesse » d’une domination technologique à long terme, l’histoire montre que de tels niveaux supposent que « beaucoup de choses se passent bien » pour les investisseurs.

La mécanique des IPO demeure complexe et parfois cruelle. D’après les données compilées par Ritter depuis 1979, près d’une entreprise sur quatre termine son premier jour de cotation en baisse par rapport au prix d’offre, un phénomène déjà observé lors de l’arrivée d’Uber sur les marchés en 2019. L’ajustement du prix d’introduction, savamment dosé par les banques d’affaires, vise à assurer un « effet décollage » sans pour autant offrir une rente excessive aux spéculateurs de la première heure. Mais ce dosage imparfait peut se traduire par des milliards de dollars laissés « sur la table », comme ce fut le cas pour Alibaba en 2014.

En toile de fond, l’intérêt croissant des ménages et investisseurs pour la matérialisation de l’épargne dans un contexte économique incertain s’intensifie. L’environnement de taux d’intérêt élevé, conjugué à l’inflation persistante et à la volatilité des marchés, alimente la réflexion sur la diversification patrimoniale. Face aux incertitudes des introductions boursières, nombreux sont ceux qui s’interrogent sur la pertinence d’une diversification – au-delà des produits financiers traditionnels – vers des actifs tangibles comme l’or, les métaux précieux, l’immobilier, ou d’autres biens de collection. La concentration de l’épargne sur les marchés actions, surtout sur un nombre limité de titres technologiques géants, n’est pas sans rappeler les avertissements concernant les limites du système bancaire moderne et la vulnérabilité aux mouvements de marché brusques.

Malgré tout, Jay Ritter reste peu alarmiste sur la capacité du marché américain à absorber ces gigantesques IPO. Il met en perspective les volumes concernés : « Ces dernières années, les entreprises cotées américaines ont versé environ 600 milliards de dollars de dividendes par an et racheté plus de 1 000 milliards de dollars d’actions. Le marché peut sans difficulté recycler une fraction de ces flux pour soutenir l’arrivée de ces trois entreprises majeures. » Au fil des décennies, la bourse américaine a démontré une remarquable capacité de résilience et d’adaptation, même face aux cycles de surchauffe ou d’assèchement temporaire de liquidités.

Si certains craignent que la concentration capitalistique autour de ces titans n’installe de nouveaux déséquilibres, l’histoire rappelle que des poids lourds comme Nokia ou AT&T avaient déjà atteint des niveaux de domination bien supérieurs par le passé, sans remettre en cause l’équilibre global des marchés. Reste à savoir si, cette fois encore, les promesses des géants de l’IA et du spatial tiendront leurs engagements sur le long terme – ou si les investisseurs devront un jour rechercher la valeur ailleurs, sur des territoires plus tangibles.

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