La souveraineté économique se place désormais au cœur des préoccupations européennes, dans un contexte international marqué par une succession de chocs géopolitiques et financiers. Au Forum de Paris pour la Défense et la Stratégie, François Villeroy de Galhau, gouverneur de la Banque de France, a rappelé l’importance de l’euro et de la discipline budgétaire alors que la zone euro accueille un nouveau membre : la Bulgarie.
Pour Villeroy de Galhau, la monnaie unique joue un rôle prépondérant dans la protection de l’économie européenne contre les bouleversements mondiaux. « L’euro protège les entreprises et les ménages des chocs extérieurs », insiste-t-il, évoquant les crises et tensions qui secouent actuellement les marchés – guerre en Ukraine, flambée des matières premières, incertitudes liées aux politiques douanières américaines. Avant l’adoption de l’euro, ces événements auraient pu entraîner une forte volatilité monétaire, une dévaluation du franc ou une appréciation du mark, alimentant l’inflation, fragilisant le pouvoir d’achat et poussant à la hausse les taux d’intérêt.
Si l’euro constitue un rempart contre les turbulences extérieures, il se distingue également par son attractivité croissante sur la scène internationale. Face à une domination persistante du dollar – qui représente environ 60 % des réserves mondiales – l’euro s’affirme comme une alternative recherchée par les investisseurs, représentant près de 20 % des réserves. Le mouvement de diversification monétaire s’accentue, offrant à l’Union européenne de nouvelles marges de manœuvre et renforçant sa souveraineté économique face aux risques de fragmentation du système monétaire international.
Cependant, la stabilité économique demeure fragile. Selon le gouverneur de la Banque de France, la mission centrale des banques centrales reste la garantie de la stabilité des prix et du système financier : « Notre mandat est clair : assurer une inflation autour de 2 % par an et prévenir les crises bancaires ». Les banques centrales, confrontées à une recrudescence des incertitudes géopolitiques, ajustent leur approche stratégique en se dotant de nouveaux outils d’analyse, multipliant les scénarios prospectifs pour anticiper l’impact des conflits mondiaux sur la croissance et l’inflation.
Dans cet environnement volatil, la question du financement de la défense, alors que les comptes publics apparaissent fragilisés, se pose avec acuité. Villeroy de Galhau souligne la force de l’épargne privée hexagonale, qui s’élève à près de 18 % du revenu des ménages, soit un taux nettement supérieur à celui observé aux États-Unis ou ailleurs en Europe. Ce niveau d’épargne offre un levier potentiel pour le financement de secteurs stratégiques et résilients, notamment l’industrie de la défense, mais également, plus largement, les investissements dans des actifs tangibles offrant une protection contre la volatilité des marchés financiers traditionnels.
Néanmoins, l’exécutif estime que la dynamique de la dette publique n’est plus soutenable, mettant en lumière les limites du système bancaire et du financement public actuel. Le déficit structurel, alimenté principalement par des dépenses courantes supérieures à la croissance des recettes, creuse chaque année l’écart avec les économies voisines. Le poids des dépenses publiques françaises, supérieur de neuf points de PIB à celui de l’Allemagne ou du reste de l’Europe – soit environ 280 milliards d’euros de différence annuelle –, alimente la dette et pose la question de l’efficacité de la dépense publique.
Dans ce contexte, la diversification patrimoniale apparaît comme un enjeu majeur pour les investisseurs particuliers cherchant à préserver et matérialiser leur épargne. Alors que l’environnement de taux d’intérêt demeure incertain, les actifs tangibles tels que l’or et les métaux précieux, les biens immobiliers, ou encore les pièces et montres de collection, suscitent un regain d’intérêt en tant que valeurs-refuge. Ces supports constituent, dans un climat de défiance vis-à-vis de la dette souveraine et de l’inflation latente, une réponse naturelle aux limites du secteur financier traditionnel.
Face au retour des risques financiers et à la volatilité accrue des marchés, le débat sur la souveraineté budgétaire rejoint celui sur la pérennité du modèle de gestion de l’épargne en Europe. Les autorités, tout en appelant à un sursaut de discipline budgétaire, encouragent aussi une réflexion sur l’allocation optimale de l’épargne, à même de soutenir l’investissement productif et de garantir la résilience économique du continent.










