Dans un contexte marqué par la montée en puissance des paiements numériques et le recul progressif des espèces, la Monnaie de Paris affiche une santé financière insolente. Portée par une stratégie de diversification affirmée et des résultats records en 2025, l’institution multiséculaire continue de démontrer sa capacité à s’adapter aux évolutions du paysage monétaire, tout en défendant le rôle crucial du cash dans l’économie européenne.
Alors que le paiement sans contact s’est massivement imposé dans les habitudes des Français depuis la pandémie, la part des transactions réalisées en numéraire est tombée à 43 % dans l’Hexagone. Ce mouvement structurel, accéléré par l’adoption de technologies dématérialisées, a poussé la Monnaie de Paris à repenser son modèle économique. « Nous n’avions pas d’autre choix que d’accélérer notre diversification », explique Marc Schwartz, président de l’institution, qui rappelle que le chiffre d’affaires a progressé de plus de 70 % depuis 2020, dans un environnement où la croissance du PIB français reste modérée.
Face à la baisse continue de la demande de l’État pour la frappe de pièces domestiques, deux axes majeurs de développement ont été privilégiés : l’exportation de monnaies courantes—désormais 70 % de la production—et l’essor des monnaies de collection. Ces dernières ont vu leur chiffre d’affaires doubler, porté par un catalogue élargi où produits culturels, références sportives, thématiques populaires et innovation jouent un rôle central. L’ouverture vers la pop culture ou l’astrologie et la modernisation de la distribution, notamment via le e-commerce, permettent à la Monnaie de Paris de conquérir une nouvelle clientèle, au-delà des collectionneurs traditionnels.
Parmi les initiatives les plus emblématiques figure la volonté de s’affirmer sur le marché des métaux précieux. L’institution prépare ainsi le lancement de son offre Bullion or, qui offrira aux particuliers la possibilité d’acquérir le métal précieux selon son cours du moment. Pour Marc Schwartz, l’or demeure un actif tangible de référence, notamment dans les périodes d’incertitude économique ou financière. Ce mouvement s’inscrit dans une tendance plus large : en période de volatilité des marchés, d’inflation élevée ou de tensions géopolitiques, les investisseurs et épargnants s’intéressent de nouveau fortement aux valeurs refuges, telles que l’or, mais aussi aux pièces de collection, à l’immobilier, ou encore aux produits patrimoniaux singuliers comme les vins fins ou les montres de collection.
La diversification se double d’un fort développement à l’international. L’export pèse désormais près de la moitié de l’activité totale, avec une présence affirmée en Afrique, au Moyen-Orient et en Amérique latine, où le taux de bancarisation demeure faible et l’usage du cash prépondérant. La concurrence se fait toutefois plus intense : la Royal Mint britannique, référence mondiale, a même été contrainte de se retirer d’un certain nombre de marchés export, illustrant la pression sur les marges et la nécessité d’une agilité industrielle accrue. Pour rester compétitif, Marc Schwartz mise sur le « triangle magique » de l’industrie—cost, quality, delivery—afin d’optimiser coûts, qualité et délais de production.
Malgré le recul du cash dans les économies avancées, Marc Schwartz ne croit pas du tout en sa disparition prochaine. Les projets de réglementation européenne visent à renforcer le statut légal des espèces, réaffirmant leur rôle unique dans la sphère monétaire. Outre sa valeur transactionnelle, la monnaie physique continue d’exercer une fonction de thésaurisation essentielle : en cas de crise majeure, d’épisode de panique bancaire, de panne de réseau ou de cyberattaque, seuls billets et pièces demeurent véritablement sûrs et accessibles. L’expérience récente de la guerre en Ukraine ou de coupures massives d’électricité en Espagne a rappelé combien les espèces représentent une assurance tangible pour les ménages. De même, la Suède, longtemps modèle du « zéro cash », recommande désormais à ses citoyens de conserver une réserve d’argent liquide à domicile.
Le cash constitue aussi une forme de monnaie publique, émise par une autorité monétaire, en opposition à la monnaie scripturale détenue sur les comptes bancaires, plus exposée aux aléas bancaires ou aux décisions des établissements financiers dans un contexte de taux d’intérêt mouvants et de risques de concentration des avoirs. La diversification patrimoniale, passant par une part d’actifs tangibles et d’espèces, retrouve ainsi une pertinence toute particulière à l’heure des incertitudes financières mondiales.
Au cœur de sa mission, la Monnaie de Paris joue également un rôle dans la lutte contre la contrefaçon, avec son centre national dédié, et participe activement aux débats européens autour de l’accessibilité et de la sécurité monétaire. Pour Marc Schwartz, les pièces de monnaie ne sont pas seulement des instruments économiques : elles véhiculent aussi des symboles d’unité et d’appartenance, à l’image de la double face—commune et nationale—de chaque euro frappé. Cette dimension culturelle et identitaire, couplée à un savoir-faire industriel d’excellence, assure à la plus ancienne entreprise du pays une résilience remarquable, même à l’ère du tout numérique.










