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Industrie française : cap sur la valeur ajoutée pour survivre face à la concurrence mondiale

L’industrie française affiche un bilan contrasté : malgré l’ouverture de 245 nouvelles usines en 2025, pratiquement autant de sites ont fermé leurs portes la même année. Si la naissance de nouveaux pôles industriels traduit un certain dynamisme, elle ne suffit pas à enrayer la perte de substance du tissu industriel hexagonal, déjà fragilisé par des décennies de désindustrialisation. Les faillites récentes – de Brandt à la verrerie Arc – symbolisent la difficulté à inverser la tendance et rappellent le statut de lanterne rouge de la France en Europe sur le plan industriel.

Au cœur de cette mutation, certains acteurs comme le laboratoire d’innovation Kilomètre Zéro (Km0) à Mulhouse ne se satisfont pas du défaitisme ambiant. Dirigé par Gérald Cohen, professeur d’université, et Patrick Rein, chef d’entreprise, ce pôle entièrement privé mise sur l’hybridation entre start-up et grands groupes pour repenser le modèle industriel. Leur conviction : la régénération industrielle passera par la création de filières plus soutenables et l’abandon progressif de la production de masse de produits standardisés – un secteur désormais dominé par l’Asie.

« Il serait inutile de réindustrialiser sans transformer nos modes de pensée », pointe Gérald Cohen. Les deux dirigeants estiment que l’avenir passe par les marchés de niches, la qualité et le sur-mesure, à l’image de la transformation opérée dans certains segments du luxe ou de l’agroalimentaire. Ce virage stratégique implique d’assumer des coûts de production supérieurs, justifiés par la création de valeur ajoutée – un pari nécessaire, alors que la concurrence chinoise reste imbattable sur les prix.

Le défi est d’autant plus grand que l’incertitude réglementaire et le foisonnement de normes en Europe nuisent à l’attractivité de la région pour d’éventuels transferts de technologies venus d’Asie. Si Emmanuel Macron a esquissé la piste de joint ventures avec la Chine, cet horizon semble peu réaliste face aux différences stratégiques et à l’instabilité législative européenne. Les atermoiements sur l’interdiction des véhicules thermiques ou sur la réglementation environnementale illustrent un manque de visibilité qui freine les investissements industriels.

Au-delà de la question de la compétitivité, nombre d’experts pointent la fiscalité et la rigidité du marché du travail comme des freins majeurs. « La véritable catastrophe aujourd’hui, c’est une fiscalité qui bride l’accès aux biens à forte valeur ajoutée pour les consommateurs », regrette Patrick Rein, appelant à une simplification administrative et à une réduction des prélèvements salariaux plutôt qu’à une multiplication des subventions.

Cette analyse rejoint un constat partagé au-delà des frontières françaises : comme le rappelle Anna Stellinger, vice-présidente du Medef suédois, la stratégie industrielle des pays nordiques consiste à laisser les secteurs non compétitifs décliner, plutôt qu’à les soutenir artificiellement. La résilience industrielle se joue alors davantage sur la création de nouveaux segments de marché que sur le maintien coûteux d’activités condamnées.

La redynamisation du secteur suppose aussi d’inclure davantage les PME industrielles, souvent absentes des débats alors qu’elles représentent une part essentielle du tissu productif. Les chiffres de Bpifrance nuancent le tableau : si grands groupes et PME affichent un solde négatif sur le plan des créations d’usines, ce sont les start-up industrielles qui tirent le renouveau actuel. Mais la pérennité de ce modèle reste à démontrer dans un contexte de durcissement de la politique monétaire européenne et de pression accrue sur les marges.

Ce contexte place par ailleurs les acteurs économiques face à de nouveaux arbitrages patrimoniaux. Dans un environnement marqué par l’inflation persistante, la hausse des taux d’intérêt et la volatilité des marchés financiers, la protection de l’épargne et la diversification des actifs – notamment vers les actifs tangibles comme l’or, l’immobilier industriel ou les biens de collection – reviennent au centre des préoccupations. La réindustrialisation effective du pays dépendra ainsi tout autant des choix stratégiques des entreprises que de la capacité des épargnants à soutenir un tissu productif diversifié et résilient.

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