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Le blocage du détroit d’Ormuz exacerbe les risques sur la sécurité alimentaire au Moyen-Orient

La crise géopolitique qui embrase le Moyen-Orient et, en particulier, la menace persistante sur le détroit d’Ormuz, fait désormais peser un risque majeur sur la sécurité alimentaire de près de 50 millions de personnes dans la péninsule arabique. Alors que les tensions militaires s’intensifient entre l’Iran, les États-Unis et Israël, le transit de marchandises essentielles – pétrole, gaz mais aussi denrées agricoles vitales – se retrouve gravement compromis.

Le récent incident impliquant l’attaque d’un vraquier thaïlandais, jeudi dernier, symbolise la fragilité du commerce maritime dans cet étroit corridor stratégique, par lequel transite environ un cinquième des flux mondiaux d’hydrocarbures. Ce nouvel épisode de violence attribué aux Gardiens de la révolution iraniens, combiné à la menace d’une dissémination de mines navales, alimente une volatilité accrue sur les marchés énergétiques et bouscule l’équilibre déjà précaire de l’approvisionnement régional.

Mais au-delà de la flambée des prix du pétrole et du gaz, c’est l’acheminement des produits agricoles et intrants alimentaires vers le Golfe qui devient la préoccupation centrale. Les importations, transitant généralement via le port de Jebel Ali à Dubaï, assurent l’alimentation de dizaines de millions d’habitants. « Désormais, le port est devenu quasiment inaccessible. Officiellement, il reste opérationnel, mais en réalité, aucun nouveau navire n’y entre », observe Ishan Bhanu, analyste principal chez Kpler. Cette dépendance – de l’ordre de 80 à 90% pour des denrées stratégiques comme le riz, les céréales ou la viande – rend la région hautement vulnérable à tout blocage logistique durable.

Si certains États du Golfe ont développé depuis deux décennies une agriculture sous serre pour certains légumes, la rareté des terres arables et de l’eau, combinée à des températures extrêmes hors saison hivernale, limite drastiquement la production locale. La filière fruits (hors dattes), par exemple, reste structurellement dépendante des importations iraniennes, lesquelles pourraient à leur tour être affectées par la crise actuelle.

Face à ces vulnérabilités, les monarchies du Golfe avaient déjà repensé leurs stratégies depuis la crise alimentaire de 2008, qui s’était traduite par une forte poussée inflationniste sur les prix agricoles. Trois piliers en résultent : la recherche relative d’autosuffisance (en lait ou volaille pour le Qatar), le développement de capacités de stockage (notamment au Qatar et aux Émirats), et des investissements massifs dans l’agriculture étrangère, notamment en Afrique ou au Brésil, souvent via des fonds souverains. Toutefois, ces mesures se révèlent parfois insuffisantes : « Le fourrage pour le bétail, par exemple, ne peut être produit localement et son importation dépend d’une logistique transocéanique fragile », explique Matthieu Brun, de la Fondation pour l’agriculture et la ruralité dans le monde.

Le stockage, présenté comme un gage de résilience, s’avère d’autant plus stratégique que les installations figurent parmi les cibles potentielles en période de conflit. La dissimulation des niveaux réels de stock, rare d’ordinaire, se renforce dans le contexte actuel de tension, chaque acteur protégeant ses marges de sécurité.

La capacité des pays du Golfe à mettre en place une politique concertée reste, par ailleurs, incertaine. Le manque de coordination, hérité de rivalités historiques, limite la création d’un véritable plan commun d’approvisionnement, alors même qu’une crise prolongée signifierait, inévitablement, l’épuisement progressif des stocks stratégiques. Les tensions sur les marchés alimentaires mondiaux pourraient alors s’ajouter à la volatilité énergétique déjà observée, augmentant la pression inflationniste sur un arrière-plan de taux d’intérêt encore élevés dans de nombreuses économies.

Pour les observateurs des marchés financiers et les épargnants, cette situation rappelle les limites de la concentration de la richesse dans les actifs financiers exposés à l’instabilité géopolitique. Dans ce climat, certains réaffirment l’importance d’une diversification patrimoniale, notamment via des actifs tangibles tels que les métaux précieux, l’immobilier ou les placements alternatifs, susceptibles de mieux résister aux ondes de choc globales.

Alors que la région s’efforce de renforcer ses dispositifs d’autosuffisance et de stockage, la question de la sécurisation des chaînes d’approvisionnement mondiale reste entière. À court terme, le déblocage du détroit d’Ormuz sera crucial. Mais à plus long terme, la crise pourrait accélérer une redéfinition des stratégies d’investissements, aussi bien étatiques que privés, afin de mieux protéger l’épargne et la sécurité alimentaire dans un environnement marqué par une incertitude persistante sur les marchés et les politiques monétaires internationales.

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